H-24.
L’apocalypse a été évitée. Merci Manu!
Sans lui et son obsession des horaires, on finissait clochards magnifiques sur le carrelage du Terminal 2 à regarder l’avion partir.
Demain ?
J’ai loué une voiture.
Je passe en mode démesure.
Ils ne savent rien. Ils s’attendent à une berline gris métal. Un truc rationnel pour ranger les sacs.
Il ne me connaissent pas, j’ai booké un cabriolet.
Un fantasme de gamin.
Un de plus de réalisé, ça c’est coché!
Demain pied au plancher.
Je m’y vois déjà.
Le bitume se déroule sous la carrosserie comme un ruban de réglisse qu’on boufferait jusqu’à l’indigestion. On est quatre, on est jeunes (non, correction, ils sont jeunes… Moi je suis un gamin de 50 balais c’est vrai).
Du haut de mes 10 ans, j’ai décidé que la modération était une insulte au destin. Parce qie si l’on coule, autant emporter de bon souvenir au fond de l’eau pour ne rien regretter.
Odeur de poussière et chaleur, le sud de l’Espagne nous envahit. Manu est aux anges, Il sourit au paysage, à la vie. Il savoure la victoire du timing parfait face au chaos de mon étourderie.
C’est mon cadeau ce type. Sans lui, je serais encore en train de chercher mes clés sur le parking de l’aéroport de Marignane, les deux mains à tenir ma tête… et voir leurs tronches de dégoutés.
Lui, il gère le timing depuis 30 jours.
Moi, je gère le fantasme.
À nous deux, on est une équipe de braqueurs d’horizon.
On réalise un holdup dans la banque du temps.
On fait cramer le forfait « raisonnable ».
À l’arrière, les filles sont en mode tempête. Cheveux au vent, leurs rires couvrent le moteur.
Elles s’en foutent du Tetris des bagages dans cette voiture assurément trop petite pour nous tous, elles sont déjà ailleurs.
Ce cabriolet ? Une aberration magnifique.
C’est bas, c’est petit, mais c’est ouvert sur la vie. Ça fait un bruit de fauve en plein orgasme mécanique. C’est totalement inadapté pour trimballer quatre adultes et des sacs de mer.
Mais on s’en fout, non ?
On fonce vers la marina tel une comette vers la planette terre.
Dans ma tête, c’est du Tarantino pur jus : dialogues absurdes, gros plans sur les Rayban et une bande-son qui déchire, forcément.
Lagune en vue, le port approche.
L’odeur arrive. Ce mélange de gazole, de vase et de liberté qui te prend à la gorge. C’est là que ça se passe. L’instabilité. Le moment où tu quittes le dur pour le mou, le solide pour le liquide.
Le gamin de 10 ans qui est en moi se dit qu’un naufrage collectif vaudrait toujours mieux qu’une vie de bureau en solitaire.
On débarque comme des rois du pétrole les cheveux effarouchés.
Le coffre s’ouvre.
C’est le bordel.
Évidemment.
T’as déjà essayé de faire rentrer provisions et sacs pour 10 jours dans un petit cabriolé ?
Non ?
Mission impossible ! Mais fais-le.
C’est le meilleur moyen de réaliser que tout ce que tu possèdes est de trop.
Sauf eux, mes équipiers.
Sauf le vent, qui à décidé de nous faire chier.
Ce cabriolet est là pour nous rappeler qu’on n’est pas venus ici pour être sérieux.
Ensuite ? Le moteur fera place aux voiles.
Mais demain est un autre jour.
Là, tout de suite…
H-24.
Putain, que c’est bon d’être excessif.
Ps: bon la réalité ? Il pleuvait… Entre deux averses, nous avons décapoté et les filles se sont gelées.