22 mai 2026

Maxime

Voyager a 300km/h

Le paysage à 300 km/h, c’est une hérésie.

Les vaches dans les prés n’ont même pas le temps de capter qu’on existe qu’on est déjà dans le département d’à côté.
On file vers La Cour Pétral.
Une ancienne abbaye cistercienne.

700km en 5h dans un confort climatisé.
Waouw ! C’est ça le progrès…

Cinq heures de TGV pour s’enfoncer dans les terres. Passer de la houle et du vent au silence d’un voiture électrifiée.

Forcément, ça change.
En voilier, il nous aurait fallu 5 ou 6 jours sans nous arrêter… Mais la question ne se pose même pas, nous sommes dans le Centre-Val de Loire.

Quand tu passes ta vie à régler des voiles pour ne pas subir le vent, tu finis par te poser la question qui rend fou : on contrôle vraiment le temps ? le cap ? où on est juste assis sur un bouchon balancé, chahuté, suspendu aux décisions de la grande bleue ?

Le libre arbitre. Vaste sujet justement.
J’y viens…

Didi soutient une théorie, je défends l’inverse… Est-ce qu’on barre vraiment notre vie ou est-ce que tout est déjà écrit par un Dieu, l’Univers, où un modèle informatique quantique ? Si ça se trouve, l’heure exacte de ma prochaine panne de moteur ou de ma prochaine chaussette trouée est gravée dans le marbre depuis le Big Bang.

C’est vertigineux quand j’y pense.
Et un peu vexant pour mon ego de capitaine.
Bref…

Nos avis divergent… Et la philo à grande vitesse, ça fatigue. Façon, 3 jours a Cour Petral, on va en bouffer de la philo.

Le regard de la p’tite squaw en dit long, nextons le sujet… Son cerveau est saturé.

Le train vire un peu, le soleil change d’angle et traverse la vitre. Il vient frapper les pages de mon livre, qui est en train de devenir son livre… et son épaule, qui va devenir mon épaule. La lumière est parfaite. Celle qui efface les doutes et redonne un sens immédiat à l’existence.
Je me penche, j’embrasse sa peau chauffée par le soleil qui traverse le verre, j’inspire profondément jusqu’à imprégner mes cellules olfactives de ses phéromones de femelle assumée. C’est le Printemps…

Elle se tourne vers moi. Regard de coquine, sourire malicieux.
Celui qu’elle maîtrise a la perfection. Le genre d’expression qui te rappelle instantanément que tu n’es pas un moine cistercien.

Elle
— Tu bandes ?

Direct. Sans préavis.
Je lui souris bêtement comme un adolescent de 15 ans et baisse les yeux vers ma braguette. Elle suit mon regard, avec une précision de sniper. Elle sourit également, l’œil brillant, savourant sa victoire sur la métaphysique.

Elle voit que oui…
Re elle
— Les toilettes du TGV sont propres…

Elle a ce ton. Elle a ce don… Ce mélange d’autorité et de promesse qui te fait oublier la théorie du tout sur tout en une fraction de seconde.

Si le destin existe, il a parfois une sacrée gueule. Est ce que ça aussi c’était écrit depuis la naissance de l’univers ?

La question reste entière.

« Ding dang dong » mesdames et messieurs le wagon bar est ouvert, vous pouvez y déguster nos fabuleux sandwichs triangles…

Allez…
Je vous laisse ici.

Laisser un commentaire