Ce matin, cinq personnes sont passées sur la panne pour me sensibiliser à l’environnement.
Cinq.
À cinq, ils distribuaient un fascicule.
Un cendrier de poche, et un pavillon qui n’a de vert que la couleur.
J’ai trouvé ça presque touchant.
Après un bonjour capitaine, ils m’ont demandé si je triais mes déchets.
J’ai répondu que j’adorerais.
Vraiment.
Bon… j’avoue, j’ai menti.
Je comprends parfaitement que Veolia ait envie d’améliorer ses bénéfices.
En revanche, je n’ai jamais très bien compris pourquoi je devrais faire gratuitement le travail de ses salariés.
C’est un concept écologique qui m’échappe encore.
Si demain je commence à faire leurs tournées de ramassage d’ordures ménagères, j’espère au moins qu’ils viendront faire mes consultations.
Bon, ça vous vous doutez je ne l’ai pas expliqué, ça aurait été trop long.
J’ai juste rappelé qu’au port… il n’y a pas de conteneurs de tri… Il n’y a d’ailleurs même pas de conteneur.
Premier léger flottement.
Ils sont ensuite passés au chapitre des eaux noires.
« Vous avez une cuve ? »
Alors là, j’ai eu un petit sourire.
Parce qu’il y a quelques semaines, j’ai justement passé une soirée entière les deux bras plongés dedans.
Depuis, je sais une chose.
Avant de sauver la planète, il faudrait déjà que j’arrive à sauver mes toilettes.
Et pour réparer définitivement le système, il faudrait sortir le bateau de l’eau.
J’ai donc trouvé une solution plus simple.
Je mange bio.
Comme ça, techniquement…
Je fais caca bio.
Personne n’a ri. Je pense qu’ils n’ont pas compris mon humour. Je m’en doutais, avec mon air pince sans rire, personne ne le comprend.
Bref… Ils ont poursuivi leur mission.
Avec beaucoup de conviction.
Un peu de culpabilisation aussi.
Erreur.
Je connais assez bien les mécanismes psychologiques pour reconnaître une tentative pour faire naître la culpabilité.
Je leur ai simplement demandé s’ils étaient venus à pied.
Silence et incompréhension.
Si l’encre du fascicule était garantie sans substances toxiques.
Silence.
Si le papier était certifié de bout en bout.
Encore silence.
Et ce magnifique pavillon vert en polyamide non recyclable.
Fabriqué où ?
En France ?
Ou quelque part en Asie avant de traverser la planète dans un porte-conteneurs qui consomme davantage de fioul lourd en une journée que moi en plusieurs années de navigation ?
À ce moment-là, j’ai senti que la conversation prenait une mauvaise direction.
Ils ont fini par me souhaiter une bonne journée et ils sont repartis.
Moi, je suis resté sur mon bateau avec leur goodies écolo pipo et j’étais bien embêté. Je ne savais pas dans quelle poubelle les mettre.
Parce que finalement, les seuls déchets supplémentaire produit ce matin-là…
C’est le fascicule, le cendrier et le pavillon qu’ils m’ont laissé.