Ce soir je me rappelle ces premiers instants à bord de Just Happy, un Aquila de 1975, et je me dis que les plus belles idées sont souvent complètement folles.
Alors quand quelqu’un vous dit « Mon rêve, c’est de vivre dans un bateau de 8,50 mètres, où allez, juste un mètre de plus, avec un pré-ado… »
Soyons honnêtes.
Votre premier réflexe, ce n’est pas « Quelle magnifique quête existentielle. »
Non.
Vous pensez « Elle a pris un coup de soleil ou quoi ? »
Parce qu’il faut quand même être un peu dérangé.
Huit mètres cinquante.
C’est plus petit que le salon de beaucoup de Français. A part à Paris…
Tu cuisines à vingt centimètres des toilettes.
Tu te cognes partout.
Quand ton fils grandit de trois centimètres, tu dois refaire tout l’aménagement intérieur.
Et malgré ça…
Je trouve ce projet magnifique.
Parce que ce n’est pas une story Instagram en quête de like.
Ce n’est pas une villa à Bali avec une piscine à débordement parce que c’est la tendance du moment.
Ce n’est pas une Lamborghini…
C’est un petit voilier qui a 40 ans…

Un bateau qui prend l’eau quand il pleut par un hublot mal fermé.
Qui sent parfois le gasoil.
Qui te fait passer une nuit blanche parce que le vent souffle fort.


Et pourtant…
Quand elle me parle de ce genre de rêve, ses yeux changent. Alors à cet instant, je ne regarde plus le bateau. Je la regarde se rapprocher un peu plus de la vie qui lui ressemble.
Et ça…
Je trouve ça bouleversant.
Au fond, je crois que l’un des plus beaux sentiments qu’on puisse vivre, ce n’est pas tant voir quelqu’un nous aimer.
C’est avoir la chance de marcher à côté de lui pendant qu’il devient un peu plus lui-même.
Sans lui voler son rêve.
Sans le remplacer.
Sans lui dire comment faire.
Juste être là.
Encourager.
Donner un coup de main quand il en a besoin.
Et si un jour ce rêve devait attendre… être abandonné… ou simplement changer de cap… alors ce ne serait pas grave. Je n’y verrais pas un échec, seulement un ajustement de route pour continuer à rejoindre le même horizon. Parce que voir l’âme de quelqu’un, ce n’est pas aimer uniquement ses réussites. C’est aussi la voir quand les vents tournent.
Parce que je ne peux pas m’empêcher de sourire quand je la voit en train de s’émerveiller.
Je crois que beaucoup de gens se trompent souvent sur l’amour.
On pense qu’aimer, c’est garder.
Moi je crois qu’aimer, c’est être présent.
Pas pour que l’autre nous doive quelque chose.
Pas pour qu’il reste.
Simplement parce que voir quelqu’un avancer vers une vie qui lui ressemble…
C’est profondément beau.
Et puis…
Soyons lucides.
Si un jour vous croisez une femme vivant dans un voilier de 8,50 mètres avec son fils, amarrée à côté du mien…
Ne dites pas qu’elle est folle.
Enfin… Si.
Dites-le.
Parce qu’il faut être un peu fou pour choisir une vie pareille. Croyez moi, je sais de quoi je parle.
Mais prenez un instant et regardez son courage, celui de suivre son rêve de gamine.
Parce que je suis convaincu que les plus belles existences ont souvent commencé par une idée que tout le monde trouvait complètement absurde.
Et finalement… Tellement authentique.
Finalement, peut-être que le plus beau cadeau que l’on puisse faire à quelqu’un, ce n’est pas de lui dire « Je veux que tu restes avec moi parce que je t’aime. » même si on le voudrait par moments.
Non, le plus beau cadeau.
C’est de lui dire « Va vers la vie qui te ressemble. Et si j’ai la chance d’en faire partie, alors ce sera un merveilleux voyage. »