Dans moins d’un mois, je passe officiellement le cap des 51 ans.
Cinquante ans ? C’est de l’histoire ancienne. C’est dans le rétroviseur. Le demi-siècle est digéré, place aux choses sérieuses.
Note a moi-même : peut être un peu trop sérieuses, c’est certainement pour ça que je refuse de grandir.
Techniquement, je suis entré dans la zone rouge. Celle où les ados m’appellent « Monsieur » avec un ton plein de pitié chrétienne, alors que dans ma tête, je suis toujours un gamin de 10 ans prêt à faire un plat mémorable depuis le plus haut rocher de la crique.
Cet été, au camping, j’ai fait une découverte majeure : mon cerveau masculin est resté bloqué à l’âge de pierre.
C’est chimique. Dès qu’un autre mâle déboule torse nu dans mon champ de vision, mon logiciel interne bascule en mode Homo erectus en moins de deux millisecondes. Toutes mes cellules hurlent « reste un p’tit con nonchalant ! »
Scanner activé.
Comparaison des volumes.
Calcul des chances de survie en cas d’apocalypse.
Combat de coqs virtuel enclenché.
Le spécimen passe. Épaules de déménageur, pectoraux saillants, et des abdos tellement dessinés qu’on dirait qu’ils ont été gravés au burin à sa naissance.
Et moi ? Face à ce dieu grec du mobil-home ?
Je rentre le ventre à m’en péter les côtes dès que je croise une baie vitrée. Par pur réflexe de survie. On ne sait jamais, imagine que Didi fasse une photo pile à ce moment-là.
Le plus absurde, c’est que mon cerveau a déjà dressé son profil psychologique complet sans lui avoir dit bonjour :
« Regarde-le. Il dort probablement quatre heures par nuit. Bon, remarque, moi aussi, mais c’est à cause de ma prostate. Il mange sûrement riz-poulet depuis 2012. Merde, moi aussi depuis Madagascar… mais lui est sûrement incapable de monter un meuble IKEA sans pleurer. Et il appelle sans doute sa mère pour savoir s’il doit mettre un pull. »
Oui je suis médisant, et alors ?
Pure jalousie primaire.
Ça s’explique !
Le verdict de mes neurones primitifs tombe, implacable : « Alerte. Ce sujet est plus alpha que toi. Fin du game. »
Trois secondes chrono. Affaire classée.
Et ne faites pas les innocents, on est tous de grands malades. On fait ça pour tout. La bagnole, le compte en banque, la taille de la terrasse, la marque du barbecue, la destination des vacances… C’est le grand Championnat du monde des Coqs. Personne n’a signé la feuille d’inscription, mais toute la planète joue.
Alors voilà. Dans moins d’un mois, j’ai 51 ans. Et j’ai pris une décision radicale.
Je me lance dans le CrossFit.
Attention, pas pour gagner le concours de kiki du camping l’année prochaine. C’est mort, enterrée, et le type de 25 ans ultra-sec et bronzé à l’huile de coco a déjà gagné.
Non, je m’entraîne pour le « moi » de 60 ans. Parce que je refuse de devenir ce vieux qui fait un bruit de meuble d’époque qui grince dès qu’il ramasse ses clés de bagnole. Je veux pouvoir hisser les voiles de Mathila avec la classe d’un aventurier en chemise en lin, grimper en montagne sans cracher mes poumons, et dormir en refuge sans avoir besoin d’une grue pour m’extraire du lit le lendemain.
Parce que, soyons honnêtes deux minutes.
Je veux être un beau vieux. Un vieux qui a de la gueule. Le genre de type où les gens murmurent sur mon passage : « Putain… il a encore un sacré style, le daron. »
Ça fait un peu mégalo dit comme ça ?
J’assume. On en reparlera quand vous passerez les 50 balais… Bande de morveux.
L’allure c’est important, croyez-moi. Quelque soit l’âge qu’on à.
Mais la santé, c’est la liberté !
Et si accessoirement, si je pouvais arrêter de m’asphyxier en rentrant le bide dès que je passe devant une boulangerie, ce serait un excellent bonus.
Bref…
Vieillir, c’est obligatoire. Devenir une loque, c’est en option. Et j’ai coché la case refus.