Il est 3 h 27.
Je me réveille.
Pourquoi ?
Aucune idée.
Enfin si.
Mon cerveau est devenu un labrador conditionné. Il attend son SMS du matin. Celui de la Petite Squaw. Il remue la queue dans le vide au moindre grincement de coque, persuadé qu’il s’agit d’une vibration de téléphone.
Sauf que cette nuit…
Pas de SMS.
Elle est là tout près de moi.

Elle respire doucement dans la peine ombre de la cabine pendant que, de mon côté, toutes les hormones de l’hémisphère nord ont décidé d’organiser un congrès.
Merci a mon système nerveux autonome.
Le corps humain est fascinant.
Il est trois heures du matin, tu dors du sommeil du juste, et ton organisme t’envoie une alerte système :
«Bonjour. Vous pensez toujours à cette fille ? Parfait. Lancement de la procédure d’urgence.»
Alors forcément…
Je…
Je repense à hier soir.

Sur le pont.

En cuisine.
Elle.
Son sourire.
Ce regard.
Et cette façon absolument insupportable de mesurer son pouvoir d’attraction.
Le pire ?
Elle le savait parfaitement.
Et elle en jouait.
À petites doses.
Juste assez pour te laisser entrevoir des perspectives vertigineuses.
Pas assez pour que tu puisses déposer une réclamation.

Du grand art.
Du terrorisme émotionnel en bikini…
À 3 h 27, l’imagination relance le film.
En IMAX.
Avec les scènes coupées au montage et la bande-son poussée au maximum.
On croit toujours qu’on est le capitaine de son propre esprit.
Quelle illusion.
À cet instant précis, tu n’es plus le skipper. Tu es un passager clandestin, agrippé au balcon pendant la tempête, en train d’essayer de sauver un reste de dignité.
C’est à ce moment-là qu’un léger mouvement se fait entendre.
Elle bouge.
Je me fige.
Stoppez tout.
Plus un souffle. Plus un muscle.
Même mon pouls reçoit l’ordre strict de battre à bas bruit pour ne pas trahir ce comportement d’adolescent.
Elle se retourne simplement. Et replonge dans un sommeil paisible.
Moi ?
Disons que mon sommeil a définitivement levé l’ancre pour aller mouiller dans une autre crique.
On passe sa vie à étudier la philosophie, à chercher l’élévation spirituelle et le contrôle de soi.
Et puis la biologie vient te rappeler une vérité fondamentale : à trois heures du matin, l’homme le plus sage du monde reste entièrement à la merci de deux mètres de tissu, d’un souvenir de la veille et d’une respiration à côté de lui.
La condition humaine tient probablement là. Entre la recherche du calme absolu et l’impossibilité d’éteindre la machine.
Et c’est très bien comme ça.