7 avril 2026

Maxime

Partir vivre en Grèce en voilier : fantasme ou vraie décision ?

Une voiture en moins, une illusion en plus.

Adeline a planté sa voiture.
Pas juste un petit accrochage qu’on oublie en deux jours.
Non. Le truc bien propre, bien moderne, avec l’expert, l’assurance, les papiers et cette sensation bizarre d’être coincé dans un système qu’on n’a jamais vraiment choisi.

Et au milieu de tout ça, une pensée me traverse.
Une voiture, ça coûte une blinde.
Pas une note de resto trop arrosé ou tu te dis “oui bon ça va, On a quand-même bien rigolé”.
Non, un vrai trou dans le budget, régulier, discret, mais constant. Comme une fuite lente que tu refuses de voir.
Mais genre vraiment.
Pas juste un peu.
Un gouffre poli.
Un abonnement à la contrainte.

Et là, sans prévenir, je me dis :
Mais on s’est fait avoir non ?
Le vieux rêve.
Celui des années 50.
Voiture = liberté.
Mon cul!
Aujourd’hui c’est plutôt :
Voiture = crédit + entretien + stress + stationnement impossible + radar planqué derrière un buisson.
La liberté, elle est restée coincée dans un spot de pub mal éclairée avec un mec qui roule seul sur une route vide.
(Spoiler : ça n’existe pas.)
Ou alors à 5h du mat au fin fond de la Creuse.
Et encore. Sûr qu’il y a un gendarme planqué derrière un bosquet.

La vraie liberté, elle n’est plus là.

Et là… je réalise que je pars beaucoup trop loin.
Je suis dans mon appart.
Silence.
Enfin non.
Le frigo fait un bruit de moteur diesel fatigué.

(Pour l’ambiance)

Et moi, au lieu de rester là, comme un adulte raisonné… je pars.

Pas vraiment. Mais quand même.

Je la vois arriver à bord.
Une semaine sans se voir.
Le sac posé n’importe où.
Ses cheveux blonds un peu en vrac à cause du vent. Et surtout son regard lumineux, celui de braise (incandescente, tant qu’à faire).
Et là je lance.
Sans réfléchir.
“Viens, on se casse en Grèce.”
Pas d’explication.
Pas de plan.
Pas de “on va voir là bas”.
(Genre la chanson de Golman où tout est neuf et sauvage)
Juste ça.
Et là… elle n’hésite pas.
C’est ça le pire.
Elle sourit, de toutes ses dents.
Un truc dangereux.
Et elle dit oui.
Direct, sans négocier.
Sans demander combien il reste sur le compte.
Rien ?
Je savais.
Au fond, je savais. C’est pour ça qu’on va se barrer.

Le problème, c’est que ça enchaîne trop bien
On largue les amarres le soir même.
Normal.
Comme des gens parfaitement déséquilibrés.
Elle me regarde.
Ce mélange entre admiration et foutage de gueule face a tant d’immaturité.
J’adore.
Quelques jours plus tard, on est déjà ailleurs.
Grèce.
Évidemment.
Un mouillage calme.
Trop calme.
Le genre d’endroit où tu te demandes si t’as pas fantasmé la réalité.
Je fais une manœuvre inutile.
Elle le sait mais elle le cache.
Moi aussi.
Mais je la fais quand même, pour le principe.
Je me rate légèrement.
Évidemment.
Un bout qui traîne, un truc pas clair.
Silence.
Puis son regard (de braise encore).
Non pas vraiment, plutôt celui qui dit :
“Capitaine… vraiment ?”
Rires.
Je fais comme si c’était volontaire.
Ça passe à moitié.

Le soir, on ouvre une bouteille de vin.
On parle.
De tout.
De rien.
Comme tout le temps.
De cette vie qui n’était pas prévue mais qui fonctionne quand même.
De mes enfants qui viennent en vacances de temps en temps.
De son fils apprend des mots grecs.
Moi qui apprends à faire semblant de comprendre.
On rigole.
On vit.
Simplement.

Et à un moment, sans prévenir, je me dis: C’est ça!
C’est exactement ça.
…sauf que
Je cligne des yeux.
Silence.
Toujours dans mon appart.
Toujours ce foutu frigo.
Adeline est chez elle.
Normal, semaine enfant.
Je ne lui ai rien dit.
Rien.
Pas une phrase.
Pas un message.
Enfin si, mais à peine un sous-entendu foireux sur mon fantasme.
Elle ? Probablement en train de ruminer sur sa voiture.

Et moi je viens de vivre une autre vie entière avec elle sans lui demander son avis.
Tranquille.
N’empêche, d’une histoire sans lendemain on approche les 3 ans.

Et… J-15 avant de larguer les amarres, vraiment.
Dans 15 jours, on va chercher Mathila.
Là, c’est réel.
Pas négociable.
Le bateau existe.
Lui, non plus ne fait pas de plan. Il suivra, tout le temps.
Et je sens que le truc glisse.
Doucement.
Que ce fantasme à la con commence à prendre de la place.
Beaucoup de place.

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