Dans trois mois, je n’aurai plus d’appartement.
Plus de clé.
Plus de boîte aux lettres.
Plus de “chez moi” version mur et plafond.
Juste un bateau.
Mathila. Mon Océanis 393.
Et visiblement… une idée un peu étrange fait surface. Et si je passais le Capitaine 200 en candidat libre!?
Dit comme ça, ça fait touriste “je vais tenter un diplôme maritime entre deux mouillages et un café tiède en cockpit.”
Franchement… c’est à peu près ça.
Parce qu’en réalité, ça fait 25 ans que je m’entraîne pour le capt’ain 200 sans trop le savoir.
Comme beaucoup de bonnes idées d’ailleur, ça m’est tombé dessus à 3h du mat, entre deux insomnies et une réflexion existentielle inutile (de plus).
J’ai commencé sur Hobie Cat 16.
À l’époque, mon objectif principal était simple,
D’abord m’amuser,
Ensuite ne pas finir à l’envers.
Spoiler, ça n’a pas toujours marché.
Ensuite, j’ai navigué sur JOD 35 dans la rade de Marseille. Quel bateau !
Là, j’ai appris deux trois trucs utiles.
Le premier :
Le vent, c’est pas un ami.
C’est un collègue.
Un collègue imprévisible.
Un peu bipolaire.
Celui que t’aimes bien… mais dont tu surveilles les réactions du coin de l’œil.
Le deuxième :
Un équipage, c’est comme une famille.
Mais sans possibilité de virer la belle-mère quand ça part en couille.
Enfin si… techniquement, y a une solution.
Mais je crois que c’est pas très bien vu juridiquement.
Et puis il y a eu mes bateaux.
Trois avant Mathila.
Des nuits au mouillage.
Des galères.
Des moments suspendus.
Et quelques décisions prises à 3h du matin… qui mériteraient aujourd’hui un petit procès en appel.
Alors pourquoi en candidat libre ?
Bonne question.
Déjà… parce que j’aime bien l’idée. Libre. Ça ressemble à la mer.
Personne ne te tient la main.
Tu te prépares.
Tu y vas.
Et tu vois si ça passe.
Et puis… soyons honnêtes.
4000 balles de formation, sur un coup de tête…
ça fait réfléchir.
Là, techniquement, je viens d’économiser 4000 euros.
Donc quelque part…
je me sens plus riche.
Pour les conseils comptable, passez votre chemin.
Mais surtout… parce qu’à un moment donné, faut arrêter d’attendre.
Attendre que quelqu’un valide.
Explique.
Autorise.
Spoiler numéro 2, Personne ne le fait.
La vérité ?
Je ne sais pas si je vais l’avoir du premier coup.
Mais je sais un truc.
J’ai déjà vécu des moments largement plus inconfortables qu’un examen.
Genre réparer un truc vital,
en pleine nuit, dans une houle formée.
Je me souviens de Tostaki, mon First 29.
L’enrouleur de génois qui lâche.
Qui part flotter là-haut, dans le ciel noir, entre le continent et la Corse.
Le genre de moment où t’as deux options, paniquer ou faire semblant de ne pas paniquer.
Moi, j’ai choisi la deuxième.
Je me revois dire à Pierrick, équipier d’infortune, “non non, tout va bien”. Alors qu’en vrai de vrai… je négociais directement avec l’univers pour éviter de démâter.
Et puis au fond…
le Capitaine 200…
c’est quoi ?
C’est du papier.
Un truc d’humain.
Une affaire maritime. (Vous avez capté le double sens ?)
Et puis il y a eu Adeline au matin.
Je lui envoie par sms « c’est décidé! je vais passer le capitaine 200 ».
Accusé de lecture, appel, elle capte.
Et là, elle appelle.
Clairement… le vin rouge de la veille participait à la conversation.
Et au milieu de tout ça, très sérieusement :
“Mais ça ne s’écrit pas capitaine… de sang ?”
J’ai eu un doute.
Pas sur elle.
Sur moi.
Parce que Capitaine de sang.
Franchement… ça sonne comme un vieux titre médiéval.
Un truc que tu gagnes après avoir survécu à trois tempêtes, deux mutineries
et les attaques d’un peuple indigène au débarquement en terre inconnue.
J’ai imaginé le diplôme.
Pas un papier.
Non.
Un parchemin.
Avec une tache de vin rouge.
(ou de sang, on sait pas trop, ça dépend de la version)
Bref… la mer, elle s’en fout.
Elle ne te demande pas ton diplôme.
Elle regarde juste comment tu réagis quand ça se complique.
Et là, on est honnêtes :
je ne risque pas ma vie.
Même pas 4000 euros.
Franchement…
c’est presque reposant.
Non, le vrai sujet, il est ailleurs.
Dans trois mois, je vis à bord.
Pour de vrai.
Avec l’envie de continuer à apprendre…
c’est peut-être la seule façon de ne pas devenir ce vieux briscard insupportable qui croit tout savoir juste parce qu’il a beaucoup navigué.
En mer, t’as vite fait de confondre expérience… et certitude.
Et ça, en général,
ça finit mal.
Donc voilà.
Je vais tenter.
Sans garantie.
Sans plan parfait.
Mais avec mon bateau.
Un peu d’expérience.
Et visiblement… une capacité assez solide à prendre des décisions tout à fait discutables à 3h du matin.
Bon, c’est décidé, je me lance…
Franchement, c’est déjà pas mal.