31 mars 2026

Maxime

Trois semaines avant le départ l’entre deux mondes

Pour une fois, soyons sérieux…

Dans trois semaines, je partirai.
Et là, tout de suite, j’écris depuis cet appartement.
Celui qui a été le début de « ma nouvelle vie ».
Celui qui m’a offert le début d’un sentiment de liberté.
Celui qui m’a permis de me centrer sur l’essentiel pour moi.
Je ne peux pas dire qu’il ne m’a rien apporté, bien au contraire.
Il a été un point d’ancrage.
Un endroit où réfléchir, ralentir.
Où j’ai partagé des moments simples et joyeux avec mes 2 loustics.
Où j’ai appris à apprécier le calme.
Et puis cette vue sur le port.
Les mâts qui dessinent le ciel.
La lumière du matin qui se reflète sur l’eau.
Les bateaux qui entrent et sortent.
Même immobile, il y avait déjà un peu de mer ici.

Cet appartement, il a été une étape juste.
Nécessaire.

Mais les étapes ne sont pas faites pour durer.

Aujourd’hui, je sais que quelque chose a changé, comme une évidence qui s’installe doucement.
Je ne m’y sens pas mal.
Je m’y sens… arrivé au bout.
Comme un livre qu’on referme sans regret.
Parce que l’histoire était bonne.
Mais qu’elle est terminée.

Ce qui m’appelle maintenant, c’est autre chose que ça. Ce qui m’appelle c’est.
Le vent et les vagues qu’on ne contrôle pas.
Le bateau qui réagit à chaque mouvement.
Le corps qui s’adapte.

En mer, rien n’est figé.
Tout bouge.
Et moi avec.
Ici, tout est stable, peut être trop pour moi.
Et c’est précisément ça que j’ai envie de retrouver. Cette sensation d’être pleinement dans le mouvement.
D’être connecté à ce qui m’entoure.
De ne pas observer comme un simple spectateur le rythme du monde, du vivant… mais de l’habiter.

Dans trois semaines, je vais retrouver ça.
La navigation.
Les départs tôt le matin.
Les arrivées incertaines.
Le sel, le vent, la houle, le bruit du bateau.
Et la confiance, cœur invisible de cette traversée

Je ne pars pas seul.
Nous serons cinq.
Un équipage constitué de cinq amis.
Cinq histoires.
Cinq façons d’être au monde.

Manu, avec qui j’ai partagé cette nuit dans nos hamacs sous la canopée d’une forêt primaire de Madagascar. C’était dingue!

Alina, cette jeune femme en quête de vie que j’ai rencontré sur les plages d’Imsouane au Maroc.

Aurélie, l’amie d’Adeline rencontrée dans un sexshop (je le sort du contexte, parce que c’est plus drôle ainsi)… Mais c’est vrai 🙂

Et bien sûr ma p’tite squaw, ce p’tit bout de grande femme, avec qui je partage tant de choses.

Et ce départ… il repose sur quelque chose d’invisible.

La confiance que l’on porte a l’autre.
Ils me font confiance.
Pour les emmener.
Pour choisir.
Pour décider quand y aller… et parfois quand ne pas y aller.
Ils montent à bord de mon voilier avec cette forme d’abandon lucide.
Celui qui dit, je ne maîtrise pas tout, mais je choisis d’y aller quand même.

Et moi…
Je leur fais tellement confiance aussi.
Je leur ouvre la porte de ma maison.
Pas une maison figée.
Une maison qui flotte.
Qui réagit.
Qui peut être douce comme exigeante.
Je leur confie mon espace.
Mon rythme.
Une part de moi.

Parce qu’un équipage, ce n’est pas juste des gens sur un bateau.
C’est une alchimie fragile.
Un équilibre entre les silences et les mots.
Entre les moments de doute, de fatigue et les éclats de rire.
Entre les individualités… et le collectif.
Et je sais déjà qu’il va se passer quelque chose.
Pas forcément spectaculaire.
Mais profondément humain.

Dédicace à ceux qui montent à bord.
Ce texte, il est pour vous.

Pour vous qui avez dit oui sans tout savoir, bande de fous!

Pour vous qui allez quitter votre quotidien pendant quelques jours pour venir vivre quelque chose de différent.

Pour vous qui allez accepter…
Le manque de confort parfois.
Les nuits courtes ou vous vous demanderez ce que vous foutez là.
Les moments de flottement.
Et cette intensité qu’on ne trouve que rarement à terre.

Merci pour votre confiance.

Parce que moi aussi, quelque part, je saute.
Même avec l’expérience.
Même avec les milles parcourus ces 25 dernières années.
Chaque traversée est différente.
Chaque équipage réécrit l’histoire.
Dans trois semaines, on ne sera plus tout à fait les mêmes.

Et c’est très bien comme ça.

Je m’apprête à quitter l’étroit pour retrouver le vivant.

Je referme cet ordinateur.

Je jette un dernier regard sur ces derniers instants dans cet appartement.
Il a été important.
Il a été nécessaire.

Mais aujourd’hui, il est devenu trop petit pour ce que je ressens.
Dans trois semaines, je vais larguer plus que des amarres.
Je vais laisser derrière moi une version de ma vie.

Pour retrouver,
Le mouvement
Le vivant
Le lien
La mer
Et surtout… cette sensation d’être exactement à ma place.

À très vite, mon équipage 😉

On va écrire quelque chose de beau.

En mer.

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