20 mai 2026

Maxime

Trois milles

La barre des 3000.
3000 exemplaires.

Quand tu y penses, c’est absurde. Ça fait trois mille personnes qui ont mes mots sur leur table de chevet, aux toilettes, ou qui s’en servent pour caler un meuble bancal.

C’est pas la fortune, hein. Clairement, Bernard Arnault dort tranquille. Mais bon… l’intention n’était pas là.

Quoique.

Si ça pouvait payer un carénage propre et deux ou trois bouteilles de rhum, je ne cracherais pas dessus. On ne va pas faire les poètes désintéressés non plus. Le sel, ça attaque la coque, et le portefeuille aussi.

Au départ, tu sais comment c’est. Une envie d’écrire, brute. Juste pour sortir le trop-plein. Tu te poses devant la page blanche (enfin l’écran) comme face à un horizon sans vent.

Tu écris pour ne pas crever d’ennui ou pour comprendre pourquoi ton cœur s’obstine à battre le tempo de la houle. Tu balances tes tripes, tes doutes, tes nuits de quart à parler aux étoiles parce que les poissons ne répondent jamais.

Et puis, le bouquin sort. Au-delà du reflet, la route de mes rêves.

Le titre claque, on dirait presque que je sais où je vais.

Mensonge ! En mer comme dans la vie, je navigue à l’estime, et souvent dans le brouillard.

Sur la couverture, y a pas mon blaze. Y a écrit « Max Fary ».

Un truc de pirate ou d’agent secret?

Tu parles. En vrai, c’est ma fille qui a imposé l’idée de l’anonymat.

Elle devait se dire que si le bouquin faisait un bide intersidéral, ou pire, si je racontais trop de conneries, au moins on ne verrait pas le rapport avec elle à l’école.

Protection de la jeunesse, option dignité familiale.

Moi, je m’en fous, je me prenais déjà pour Hemingway au comptoir. Max Fary, ça fait mec qui a bourlingué, qui a des cicatrices et des histoires de tempêtes à raconter au coin du feu.

La réalité, c’est que je tape sur mon clavier avec deux doigts.

Mais visiblement, on est trois mille à aimer dériver ensemble. C’est presque flippant. Ça veut dire qu’il y a trois mille personnes aussi paumées et rêveuses que moi qui traînent sur cette foutue planète.

Bon, le vent se lève, là. Faut que je retourne border la grand-voile.

Écrire, c’est bien. Mais vivre, putain… c’est quand même mieux quand ça secoue.

Et toi, t’as déjà essayé de coucher tes démons sur du papier ?

Si oui, tu sais de quoi je parle.

Sinon… achète le livre. Il m’en reste quelques-uns à écouler pour payer le prochain plein de gasoil 😉

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