20 juillet 2026

Maxime

Ne cassez jamais une belle légende

Certains disent que je mène une vie à la « Corto Maltese ».

Je laisse dire.

Ça m’évite d’avoir à expliquer que la plupart de mes aventures commencent en cherchant où j’ai posé les clés du bateau.

Hier, par exemple.

Dans la matinée, nous nous sommes retrouvés avec Didi au marché.

L’image est belle.

Un marin.

Une femme.

Une rencontre dans un petit port.

On pourrait croire que nous préparions une grande traversée.

En réalité…

On a surtout pris un petit déjeuner.

Puis on a flâné.

Longtemps.

Enfin… surtout elle.

Moi je faisais semblant de regarder les étals alors que je la regardais, elle.

C’est plus rentable.

Les tomates sont reparties avec un autre client.

Elle, avec moi.

De retour à bord, l’aventure a enfin commencé.

J’ai décrété que la capitaine devenait officiellement la muse du marin.

Elle n’a même pas protesté.

C’est tout aussi inquiétant, qu’amusant.

Très vite, le carré est devenu un cabinet de curiosités.

Enfin… un atelier d’art avec beaucoup moins de vêtements que dans les écoles des Beaux-Arts.

La lumière glissait sur le bois verni avant de caresser sa peau hâlée. Comme si elle savait exactement où s’arrêter.

La température dans le bateau montait doucement.

Moi, je faisais semblant de savoir ce que je faisais.

Elle ? Son regard avait cette espièglerie irrésistible. À partir de là, je n’étais plus vraiment le photographe.

J’étais devenu un spectateur privilégié.

Non, rectification. J’étais sa proie, elle m’avait piègé.

Pour des raisons purement artistiques, je changeais d’angle. Je tenais absolument à conserver l’expression très sérieuse du photographe inspiré.

Avec une pointe d’insolence, elle changeait de pose. 

Et très objectivement… Je commençais à perdre tout sens artistique.

Je suis pourtant un homme très sérieux.

Enfin…

Dans la limite des capacités offertes par un cerveau masculin à peu près normalement constitué.

Disons que la séance photo a fini par prendre une direction qu’aucun manuel de photographie n’aborde vraiment.

La cabine avant s’est refermée.

Le bateau tanguait.

L’air était moite.

Très moite.

Le soleil de Méditerranée avait décidé de transformer Mathila en hammam flottant.

Ce qui s’est passé ensuite ?

Je n’en ai absolument aucune idée.

Nous avions fermé la porte.

Et puis, il faut bien entretenir la légende du marin et de sa muse.

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