Je viens de raccompagner mes loutics à la voiture après une belle soirée d’été partagée. Et tout en contemplant le ciel et la lune qui déverse sa lumière dans la méditerranée, il me vient une réflexion.
Depuis quelques jours c’est la lune montante de juillet.
Brillante et hypnotisante.
Le genre d’astre qui donne immédiatement envie de devenir quelqu’un de profond. Tu regardes ça et tu te dis que la vie est une marée intérieure. Après tout, si elle est capable de soulever des océans entiers, je ne vois pas pourquoi mon petit cœur de marin y échapperait.
Certains, les plus rigides et les cartésiens de comptoir, se moqueront bien sûr. Ils parleront de caillou stérile et de coïncidences. Mais qu’importe leur froide logique… Si Mercure qui rétrograde décide de symboliser nos incertitudes et que la Voie Lactée se charge de porter nos rêves, j’achète.
On ne me fera pas croire que ce ballet cosmique n’influence pas nos trajectoires. Même si je n’ai pas la moindre idée du comment…
Bref.
Des conneries d’astrologue si vous voulez!
N’empêche… On rigole, on rigole, mais je suis intimement convaincu que la lune influence nos états. Regardez les naissances qui doublent dans les maternités. Regardez le sommeil qui fout le camp sans raison tous les 28 jours, pile-poil calé sur le cycle féminin qui, au passage, fait aussi exploser le compteur des disputes conjugales (bon là, j’avoue, y a double effet Kiss Cool).
Mais surtout, surtout… regardez les loups-garous ! (Ne me lancez pas sur le sujet, j’ai maté Twilight, je sais de quoi je parle).
Et oui, tout est lié.
Sauf qu’en analysant les alignements de planètes du week-end, la seule vraie pensée cosmique qui m’est venue concerne la prononciation des voyelles chez les femmes.
Pourquoi cette pensée sous la Voie Lactée ? J’en sais strictement rien. Une histoire de magnétisme, probablement. Et de caboche qui part en couille très certainement.
En tout cas, je pense sincèrement que les hommes meurent jeunes parce qu’on ne nous apprend pas la grammaire astronomique.
On nous parle du cholestérol. Du tabac. De l’alcool. Des éruptions solaires. Des trous noirs dans lesquels des galaxies entières se sont perdues.
Jamais des voyelles.
Erreur monumentale.
Parce qu’il existe dans la langue française deux mots qui semblent identiques mais dont les conséquences peuvent varier de l’érection triomphale à la disparition pure et simple du corps et de l’âme dans l’énergie d’une supernova.
Prenons un exemple simple. Admettons que la p’tite squaw me regarde avec ses yeux de chatte sauvage (orbitant dangereusement près de mon système nerveux) et me lance, »Arrêêêêêête… »
Là, nous sommes dans une phase ascendante. Un alignement favorable. Un terrain de jeu. Une zone de libre-échange cosmique.
Les voyelles sont longues. Sensuelles. Elles prennent leur temps. Elles orbitent tranquillement. Elles boivent un verre en apesanteur. Elles visitent la face cachée de la lune. Bref… Elles ne sont pas pressées.
Ce qui signifie généralement « Continue tes conneries mais sache que tu es sous surveillance télescopique. »
C’est un avertissement affectueux. Une force d’attraction douce. L’équivalent amoureux d’une légère perturbation gravitationnelle.
Moi, évidemment, je continue. Je suis un homme… Un marin qui navigue à l’instinct et aux étoiles. J’ai survécu cinquante ans grâce à un mélange de chance, d’incompétence et d’obstination. Pourquoi j’arrêterais ?
Puis soudain. Le système solaire bascule. Éclipse totale.
« Arrête. »
Même mot. Même nombre de syllabes. Même langue.
Mais pas du tout le même nombre de lettres ! Nous ne sommes plus du tout dans le même univers. C’est fascinant.
La phrase a perdu toutes ses voyelles inutiles. Au passage, je plains l’étranger face aux subtilités de la langue française… Mais chacun sa galaxie, mec.
Tout à coup, c’est comme un trou noir qui aspire toute la matière environnante. Plus rien ne dépasse. Plus rien ne flotte. Le message est une implosion cosmique.
À cet instant précis, ton cerveau n’analyse plus. Ton ADN prend le relais. Les ancêtres se réveillent. Des générations entières d’hommes surgissent des profondeurs de l’histoire universelle pour hurler : « RECULE PAUVRE CON, NOUS SOMMES A DEUX DOIGTS D’UNE EXPLOSION GALACTIQUE ! »
Et ils ont raison. Parce qu’il existe dans l’univers quelques lois immuables. La gravité. L’attraction des corps. La trajectoire de la lune. Les impôts. Et le fait qu’un homme intelligent arrête immédiatement quand une femme cesse d’étirer les voyelles.
Je trouve ça magnifique.
On construit des satellites. On découpe l’atome. On envoie des sondes sur Mars. Mais la survie de millions d’hommes repose encore principalement sur leur capacité à distinguer deux fréquences vibratoires différentes pour exactement le même mot.
Notre civilisation est un miracle fragile, suspendu au rythme des astres et de la phonétique.
Personnellement, je continue mes recherches. Pour la science. Et parce qu’une petite voix au fond de moi reste persuadée que le prochain « Arrêêêête… » mérite probablement une vérification expérimentale.
Après… Je n’ai jamais prétendu être un marin prudent.