Quatre mois. Et une idée de plus.
Quatre mois.
À faire des Excel.
À vendre un bateau.
À en acheter un autre.
À rationaliser un truc qui ne l’est pas du tout.
Parce que soyons honnêtes deux secondes.
Acheter un voilier…
Pour le ramener sur 500 milles avant de vivre dessus.
C’est pas vraiment un plan.
C’est une pulsion organisée.
Le 351 est vendu.
Le budget est OK.
Donc maintenant…
Plus d’excuse.
Fin avril, je remonte.
Cap au Nord.
500 milles.
Je pourrais dire que je suis prêt.
Mais en vrai ?
J’ai surtout arrêté de réfléchir pour simplement agir.
Et là… idée brillante.
J’emmène ma mère.
71 ans.
Première nuit à bord.
Premier avion.
Un “gros avion” comme elle dit.
Elle insiste.
Je pense qu’elle imagine un truc entre Airbus et fusée Ariane.
Bref… On arrive à San Pedro del Pinatar dans la soirée.
Serge et Denise, les proprios de Jeep (qui deviendra Mathila) sont là.
Frigo rempli.
Lits faits.
Franchement… quelle attention.
J’ai presque envie de pleurer. Je me retiens, je voudrais pas passer pour un wokiste.
Suis pas encore chez mois, et j’ai omme une impression que le bateau regarde.
Oui. Parce que maintenant, il me regarde.
Genre : “Ok. Tu m’as acheté. Mais tu sais faire quoi exactement ?”
Ambiance. J’ai l’impression d’être un gosse qui ne connait pas sa leçon.
Lui et moi on a quatre jours.
Je fouille son intimité. Et oui mon bateau, je suis pas wokiste, quand j’aime, je tripote.
Note a moi-même : je sais pas ce que j’ai avec le wokisme aujourd’hui. Va falloir que je creuse.
Électronique.
Électricité.
Réservoirs.
Gréement.
Je fais des trucs très sérieux.
Genre ouvrir des coffres avec concentration.
Je note.
Je teste.
Je fronce les sourcils.
Ça donne l’impression que je sais.
Mais en vrai je découvre surtout, comme à chaque nouveau bateau, j’ai l’impression de repartir a zéro.
Un voilier d’occasion, c’est incroyable.
Tu trouves :
des bouts en triple
des pièces inconnues de tous
des trucs qui ont clairement une histoire… mais que personne ne veut raconter
À un moment, je suis tombé sur un objet.
Je ne sais toujours pas ce que c’est.
Delicatement je l’ai reposé. On verra plus tard.
Vider le bateau, C’est thérapeutique.
Moins de bordel.
Moins de pensées inutiles.
Ça c’est Didi qui me l’a appris 😉
Première sortie… Pfff on commence par une manœuvre de port. Fait chier.
Bref, on sort.
Serge, ma mère et moi.
Vent sympa.
Mer d’huile
Lumière parfaite.
On envoie les voiles.
Et là…
Il part.
Facile.
Élégant.
Moi à la barre. Objectif tout border.
“Oui oui, c’est exactement ce que je voulais faire.”
Pas du tout.
Mais on va dire que si.
Le bateau est à l’aise.
Et moi… Un peu moins.
Putain il gîte !
Faudrait pas chavirer ! N’importe quoi. Je passe mon temps a raconter qu’un voilier c’est comme un culbuto.
Oula ! Faut vraiment que je prenne mes marques.
Mouillage. Eau à 13°. Et dignité en chute libre. Je vous raconte.
Test du guindeau.
Nickel.
Chaîne.
Ancre.
Tenue.
Propre.
Je me dis :
“Ok. Je gère.”
Et là…
Ma mère saute à l’eau.
13 degrés.
TREIZE.
Moi, je réfléchissais encore à enlever ma veste de quart.
Elle remonte.
Tout sourire.
“Elle est bonne!”
Je bloque.
Je remets tout en question.
Ma résistance au froid.
Mon existence.
Ma virilité.
(Sérieux, doit y avoir un sujet avec les wokistes là !).
71 ans.
Et elle vient de me mettre une leçon.
Sans prévenir.
Allez, vite on repart avant que sois totalement déconstruit.
Quatre jours ensemble.
Petit-déj.
Café.
Silences.
Ronchonnage entre un fils et sa mère. (Ou un ado et sa mère… A voir)
Sur le bateau elle regarde tout.
Moi, je fais genre c’est normal. Alors que je ne sais pas si ça l’est.
Et vient LA question.
La vraie.
Pas celles sur les voiles.
Celle qui introspcete un peu.
“Tu es heureux ?”
Et là…
Impossible de répondre en mode skipper.
Je redeviens fils.
Instantanément.
Et je vois un truc dans ses yeux.
Un truc simple.
Elle comprend pas tout.
Mais elle accepte.
Mais surtout…
Elle est heureuse.
Je crois qu’elle préfère 1000 fois ça à me voir fantasmer SUV hybride.
Faut que je vous dise… les écolos, c’est pas son truc. Elle a un avis. Tranché. Définitif. Elle les déteste.
Et pourtant, c’est probablement la femme la plus écolo que je connaisse. Sans le savoir. Sans le dire. Sans hashtag. (N’allez surtout pas lui dire).
Elle coupe son bois.
Elle mange ce qu’elle fait pousser.
Elle roule peu.
Elle n’avait jamais pris l’avion avant ça.
Et je pense qu’elle doit croire que la fast fashion c’est une maladie.
Elle ne théorise rien.
Elle vit comme ça, c’est tout.
Comme quoi…
Tu peux être profondément aligné avec la nature, et quand même râler contre ceux qui en parlent.
Je m’égare… Encore.
Dans quelques semaines.
500 milles.
Sur Insta, ça fait rêver.
En vrai ?
Ça dépend du vent.
Et de ton niveau de lucidité.
Alors je dois tester. Encore. Et encore.
Dans ces moments.
Tu vérifies tout.
Électronique.
Voiles.
Moteur.
Et surtout. Toi.
Parce que le bateau, lui, il est prêt.
C’est toi le maillon un peu flou.
Chaque voilier a une personnalité.
Celui-là :
Il aime le vent.
Il tient la mer.
Il gîte.
Dernier soir.
On mange.
Tranquille.
Cockpit.
Silence.
Je regarde le mât.
Les amarres.
Le bateau. Mon bateau 🙂
Je sens que ça glisse.
Que quelque chose change.
La nuit passe.
Le clapot.
Les bruits.
Les autres.
Comme si le bateau respirait.
Et moi avec.
Le matin est une version accélérée de la réalité
Tout va très vite.
Lits faits.
Frigo.
Sacs.
Vannes fermées.
Terminé.
Le bateau redevient… neutre.
Comme si rien ne s’était passé.
Menteur.
Direction Alicante.
Ma mère parle du vol.
Du “gros avion”.
Toujours.
Moi, je suis déjà ailleurs.
La prochaine fois… lui et moi on ne se rencontrera pas dans les mêmes conditions.
Je reviens.
Avec un équipage.
Choisi.
Pas parfait.
Mais tellement joyeux.
Et Didi.
Évidemment.
Et dans ce que je qualifie de meilleure idée. Il n’y aura pas de retour prévu.
Juste un cap.
Nord.
500 milles.
La Méditerranée.
Et ce bateau…
Qui commence sérieusement à prendre de la place.
FAQ (un peu de sérieux quand même) – Convoyer un voilier en Méditerranée
Combien de temps pour 500 milles ?
Entre 5 et 10 jours. Ou plus si la Méditerranée décide de te rappeler que t’es pas chez toi.
L’Oceanis 393 est-il adapté ?
Oui carrément. Stable, marin, confortable. Et légèrement supérieur à toi dans la prise de décision.
Que vérifier avant de partir ?
Ben a peu prêt tout.
Et surtout ton ego.