Bénéteau Océanis 393 2005

26 novembre 2025

Maxime

Acheter un voilier d’occasion : le jour où tout a commencé à San Pedro del Pinatar

Acheter un voilier d’occasion

Le jour où tout a basculé à San Pedro del Pinatar

Il y a des décisions…
ça tient à rien.

Un appel.
Une voix.
Un chiffre.

Et ce truc. Là.
Dans le ventre.
Qui dit : vas-y.


72 000 €. (quand même !)

Je raccroche avec Serge.

Silence.

Je regarde le mur.
Puis mon compte en banque.
Puis re-le mur.

J’ai plus de maison.
Mais j’ai une idée.

Ça me paraît presque logique.
C’est inquiétant.

Je réserve un aller-retour dans la foulée.

Sans réfléchir.
Enfin… si.
Trop tard, le billet est pris.


Aéroport. Nuit. Corps encore en France.

Il fait froid à Marseille.

Le genre de froid qui te rappelle que t’es censé être raisonnable.

Moi j’embarque.

Une heure trente plus tard…
Alicante.

Claque thermique.

Lumière chaude.
Air doux.
Ciel immense.

Je respire mieux.
C’est louche.


Serge m’attend.

Une heure de route.

Paysages secs.
Couleurs brûlées.
Des bâtiments qui hésitent entre Espagne et Maroc.

La mediterranée ?
On ne la voit pas, on la devine.

Parcequ’elle est là.
Toujours.

Comme une promesse que tu sens sans regarder.


La marina

Je rencontre Denise. (l’amour de sa vie)

Ils ont acheté le bateau neuf en 2005.

Ibiza.
Les Baléares.
Des étés entiers à bord.

Je comprends vite.

Ils ne vendent pas un bateau.
Ils passent le relais.

Et moi…
je suis en train de passer un entretien sans CV.


Le bateau

À sec.
Posé.
Immobile.
Et pourtant… vivant.
Je lève les yeux.
11,98 mètres.

Je pense à Just Happy.
Mon vieux Aquila de 75.

Petit.
Brut.
Libre.

Celui-là… c’est autre chose.

Plus grand.
Plus sérieux.

Presque adulte.

Ça me dérange un peu.


Et en même temps…

Je le reconnais.

Comme un grand frère de mon Océanis 351.

Comme si j’avais déjà vécu dedans.
Sans y être monté.


Là, je redeviens sérieux

Je suis pas venu rêver.

Enfin… pas que.

Checklist en tête.

Je tourne autour.

Je touche.
Je regarde.
Je doute.


Coque.
Propre. Saine. Pas de bricolage de pirate.

Moteur.
Historique nickel. Factures rangées mieux que mes papiers. (Faudra que je m’en occupe)

Gréement.
Pas neuf. Pas mort.
Comme moi en fait.

Intérieur.

Et là…
Je bascule.


Je m’assois.

Silence.

Je me vois écrire ici.
Je me vois vivre ici.
Je me vois vieillir un peu aussi.

Avec Didi.
Avec les enfants.
Avec des amis.

Et parfois…
seul.

Et ça me serre la gorge.

Parce que je sais.

Si je pars pas là-dessus…
je vais regretter.


Mise à l’eau

Le travelift lève le bateau.
Toujours ce moment étrange.
Entre deux mondes.

Air.
Eau.

Comme si le bateau hésitait.
Moi aussi.


Puis la coque touche l’eau.
Et là…
Je sais.
Pas un raisonnement.
Pas un calcul.
Juste une évidence.
C’est lui.


Le déjeuner

On parle.

De leurs mouillages.
D’Ibiza.
Des couchers de soleil.
De leur histoire aussi.
Improbable.
Passionnée.


Ils sont âgés.
Mais dans leurs yeux…
Il y a encore le début.
Tu vois ?
Ce moment où tout est possible.


Et je comprends un truc.
Ce bateau…
il a servi à aimer.
Pas juste à naviguer.


Retour. Avion. Hublot.

Je leur ai dit :
“Je réfléchis 24h.”
Mensonge poli.

Parce qu’en vrai ?
Je suis déjà dedans.

Mais ça remue.
Fort.


Parce que ça veut dire :

Vendre LIFE le 351.
Trouver le financement.
Assumer.


Et surtout…

Arrêter de faire semblant.


La vérité

Ce bateau, c’est pas une upgrade.

C’est un miroir.


Est-ce que je suis l’homme qui vit ça ?
Ou celui qui regarde les autres partir ?


Et la réponse…
elle me fait un peu peur.
Parce que la vraie liberté…
c’est pas confortable.

C’est brutal.
Ça t’enlève toutes les excuses.


Alors oui

Tout est aligné.

Prix.
État.
Projet.


Mais au fond ?
C’est pas qu’une histoire de bateau.
C’est une histoire de passage.
Entre deux versions de moi.

Et là…

Je crois que les amarres ont déjà été larguées.
Même si personne ne le sait encore.
Enfin si, je suis scertain que la p’tite squaw s’en doute


Toi, là.

Si t’as déjà senti ce moment…
où tout bascule sans prévenir.

Tu vois exactement de quoi je parle.

Sinon ?
T’inquiète.
Ça arrive toujours.
Un jour.

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