Quatre mois plus tard : le moment où ça devient réel
Quatre mois se sont écoulés depuis ma première visite à San Pedro del Pinatar.
Quatre mois à faire des projections financières.
À vendre mon Oceanis 351.
À ajuster le budget pour l’achat de mon Oceanis 393 d’occasion.
À me demander si j’étais courageux… ou légèrement inconscient.
Le 351 est vendu.
Le budget est bouclé.
La décision est prise : fin avril, je le ramène en France.
Environ 500 milles nautiques de convoyage en Méditerranée.
Un vrai morceau.
Pas une promenade digestive.
Mais avant cette traversée, j’ai besoin d’y retourner.
Pour le prendre en main.
Le vider de tout ce qui s’est entassé dedans.
Créer le lien.
Et, dans un élan que je n’ai pas totalement analysé, je décide d’emmener ma mère.
À 71 ans, elle va :
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voir la vie à bord dans une marina espagnole
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dormir sur un voilier
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prendre un “gros avion” pour la première fois
Elle insiste sur “gros”.
Comme si on partait en mission spatiale.
San Pedro del Pinatar : retrouver mon bateau autrement
Ils ont préparé le bateau :
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quelques courses dans le frigo
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deux lits faits
Un détail logistique.
Un geste immense.
Je monte à bord de mon Oceanis 393 et, pour la première fois, il ne me semble plus être un achat.
Il commence à ressembler à un lieu de vie.
Prise en main : passer du fantasme au concret
Pendant quatre jours, nous passons tout en revue :
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Électronique de navigation
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Circuit électrique
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Réservoirs
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Gréement
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Voiles
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Winchs
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Guindeau
Je note.
Je teste.
Je démonte mentalement chaque système.
Un voilier d’occasion, ce n’est pas un catalogue.
C’est une succession de petites surprises.
Parfois bonnes.
Parfois… créatives.
Je vide les coffres.
On trouve :
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des bouts en triple
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des pièces mystérieuses
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des objets dont même le propriétaire précédent ne se souvenait plus
Vider le bateau avant un convoyage de 500 milles nautiques, c’est stratégique.
Mais c’est aussi symbolique. Didi me dit toujours : moins de désordre = moins de bruit mental.
Première sortie : et là… il avance
Nous sortons du port.
Un vent modéré.
Mer courte.
Lumière claire.
On hisse la grand-voile.
Le génois se déroule parfaitement.
Et là… le bateau part.
L’Oceanis 393 est stable, posé, mais étonnamment véloce.
Il prend de la gîte avec élégance.
Je souris comme un gosse qui découvre sa première bicyclette.
Je découvre une carène plus longue que mon 351.
Un équilibre rassurant à la barre.
Une sensation de puissance tranquille.
Premier mouillage. Premier choc thermique.
Je décide de tester le guindeau.
Mouillage en Méditerranée.
Chaîne qui file.
Ancre qui crochète.
Bateau stable.
Validation technique.
Et là…
Ma mère plonge.
Dans une eau à 13°.
Elle me balance : qu’est ce qu’elle est bonne ! Je ne sais pas qui elle essait de convaincre… Serge ? Moi ? Ou elle-même… Bref, 71 ans.
Terrienne depuis toujours.
Habituée à son potager du Lot-et-Garonne.
Et la voilà qui remonte à l’échelle, fière comme une gamine.
Je comprends que l’âge est souvent une construction mentale.
Et que ma mère est, en eau froide, visiblement plus audacieuse que moi.
Vivre à bord avec ma mère : mélange improbable
Durant quatre jours, nous partageons :
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les petits-déjeuners dans le cockpit
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le café face à la marina
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les discussions sur la traversée
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les silences de fin de journée
Elle observe tout. A dire vrai je pense qu’elle doit bien se demander comment son fils, qui à grandit la campagne peut-il aimer ce style de vie.
Elle pose des questions simples.
“Tu n’as pas peur en mer ?”
“Tu te sens seul parfois ?”
“Tu es heureux ici ?”
Pas des questions de navigateur.
Des questions de mère.
Et je vois dans ses yeux quelque chose qui me touche profondément :
elle passe au -delà de son propre jugement, elle est heureuse de mes choix de vie.
Même s’ils sont “hors norme”.
Même si son fils a décidé d’acheter un voilier. Je suis sûr qu’elle préfère ça plutôt qu’un SUV hybride.
Quitter la campagne du Lot-et-Garonne il y a 30 ans ne m’a pas coupé de mes racines.
Le lien est intact.
Je réalise quelque chose de simple :
vivre ses rêves n’est pas trahir d’où l’on vient.
C’est élargir le territoire.
Préparer un convoyage en Méditerranée : le concret
Ces quatre jours ont été essentiels pour préparer le retour vers la France.
Tester chaque système
Avant 500 milles nautiques :
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vérifier l’électronique
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contrôler les voiles
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observer la consommation moteur
-
tester le mouillage
La Méditerranée peut être douce.
Ou brutale.
Le mistral et la tramontane ça fait peur, et parfois ça fait mal.
Comprendre la personnalité du bateau
Chaque voilier a son caractère.
Le 393 :
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aime le vent établi
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reste stable à la gîte
-
rassure dans la vague
Ce sont ces sensations qui construisent la confiance.
Le dernier soir : la cassure
Et puis arrive le dernier soir.
On sait que c’est le dernier.
Mais on fait semblant de ne pas le savoir.
On dîne tranquillement dans le cockpit.
L’air est doux.
La marina est calme.
Je regarde le mât découpé dans le ciel.
Les amarres bien tendues.
Le bateau immobile.
La dernière nuit à bord a une texture étrange.
On dort léger.
On écoute tout.
Le clapot.
Un bout qui tape.
Un voisin qui rentre tard.
Je sais que dans quelques heures, on fermera les panneaux.
On coupera le coupe-batterie.
On quittera le ponton.
Au matin, tout va trop vite.
On replie les draps.
On vide le frigo.
On boucle les sacs.
Le bateau reprend un air neutre.
Comme s’il se refermait sur lui-même.
Il y a ce moment particulier, comme à la fin des vacances,
quand on réalise que dans 24 heures on sera rentré.
Sauf que là, ce n’est pas une parenthèse.
C’est un avant-goût.
On charge les sacs dans la voiture de location.
Direction l’aéroport d’Alicante.
Ma mère parle du vol retour.
Du “gros avion”.
Elle est presque aussi excitée que pour le mouillage.
Moi, je suis déjà ailleurs.
Quand je reviendrai, ce ne sera pas pour visiter.
Ce sera pour partir.
Je reviendrai avec le petit équipage que j’ai composé pour le convoyage.
Des personnes choisies. Peut-être pas éguéries mais solides, et en qui j’ai confiance. Et en premier lieu Didi, ce p’tit bout de femme qui à déboulé dans ma vie.
Cette fois, il n’y aura pas de billet retour.
Il y aura un cap au nord.
500 milles nautiques.
La Méditerranée devant l’étrave.
Et ce bateau qui, doucement, est en train de devenir bien plus qu’un projet.
FAQ – Convoyer un Oceanis 393 en Méditerranée
Combien de temps faut-il pour ramener un voilier d’Espagne vers la France ?
Pour environ 500 milles nautiques en Méditerranée, comptez entre 5 et 10 jours selon la météo et les escales choisies.
L’Oceanis 393 est-il adapté à un convoyage longue distance ?
Oui, c’est un voilier marin et confortable, bien adapté aux navigations côtières et semi-hauturières.
Que vérifier avant un long convoyage en voilier d’occasion ?
Gréement, voiles, moteur, électronique, mouillage, autonomie en eau et carburant, et surtout effectuer plusieurs sorties tests avant le départ.