On cherche tous la liberté, non ? Bah la voilà. Elle a juste un goût de foudre, de vaisselle cassée et de draps en bataille.
Parce que le vent, quand il s’engouffre dans les voiles ou sous la peau, tu ne le contrôles pas. Tu prends la baffe, tu corriges à la barre, et tu savoures l’instant où ses yeux te plantent sur place alors que le bateau gîte.
C’est ça, le grand frisson.
L’électricité pure.
C’est instable. Ça tangue. Ça donne envie de vomir parfois… Mais c’est là que tu te sens vivant.
C’est exactement la même équation que de chercher le grand frisson à terre.
Absurde.
Concept feminin.
Forcément vu que c’est absurde.
Hurlez pas mesdames ! Je m’explique.
La femme avec un grand F rêve d’un concept absolument introuvable dans la nature.
Le Bad boy doux et attentionné. Un pirate qui pille des villages mais qui pense à trier ses déchets après.
Tu crois qu’il existe ?
Sourire.
Le genre de gars qui la plaque contre le mur avec une intensité sauvage, mais attention… uniquement quand elle l’a décidé. Selon un calendrier lunaire ultra-précis dont tu n’as évidemment pas la clé.
Si tu tentes le coup le mardi alors qu’il fallait attendre le jeudi, tu passes du statut de mâle alpha ténébreux à celui de gros lourd.
L’art du timing. Je l’ai pas.
Et puis, il y a ces nuits-là.
La lune s’exhibe sans pudeur, énorme, juste au-dessus du mât. Elle balance une lumière blanche, presque indécente, qui découpe la silhouette des voiles gonflées à bloc. Le tissu est tendu, rigide, il frémit sous la caresse du grain. C’est d’un érotisme dingue, cette tension. Tu regardes ce grand morceau de toile blanche qui s’arrondit sous la lune, et tu penses à des courbes qui n’ont plus rien à voir avec la navigation.
Tu fantasmes sur le pont, à moitié givré par le sel, les yeux rivés sur cette cambrure parfaite, en plein délire mystique.
Et là, tu te cognes l’orteil dans un taquet.
Fin du film.
Tu boites en jurant contre les astres.
Et parfois… plus rien. La pétole.
Le génois qui pendouille comme une vieille chaussette, le soleil qui te cuit le crâne, et elle qui te regarde sans plus aucune étincelle. Juste l’ennui poli de ceux qui s’habituent à tout. Même au roulis.
Tu connais cette sensation ?
Ce moment précis où tu réalises que tu souffles sur les braises d’un barbecue éteint depuis la veille ?
Moi, je ne force plus. Jamais.
Si l’élan est mort, si le vent est tombé pour de bon et que l’air devient irrespirable, je ne vais pas sortir les rames pour faire semblant d’avancer. Manœuvrer dans le vide, c’est bon pour les amiraux de salon.
Quand il n’y a plus de souffle, tu lances le moteur ? Non. Tu relèves l’ancre. Tu balances un coup de barre à fond, tu laisses le cap derrière toi et tu te casses sous d’autres latitudes. Là où le vent a encore de la gueule. Là où l’air te pique le nez.
La vie est trop courte pour la passer à attendre une brise qui ne viendra plus sur un ponton qui pourrit.
Si ça doit tanguer, il faut que ce soit sauvage.
Sinon, autant s’acheter un pavillon en banlieue et tondre la pelouse le samedi.